Échangisme

Quoiqu'il se confonde fréquemment avec la sexualité de groupe, l'échangisme au sens strict ne représente qu'une fraction des pratiques sexuelles en groupe : il consiste pour deux couples à s'échanger, pendant les différentes phases du rapport,...



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Relation humaine - Pratique sexuelle en groupe - Pratique sexuelle - Paraphilie - Attirance sexuelle

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  • En tous cas, l'échangisme est une pratique sociale qui permet d'ouvrir les scripts sexuels des hommes et des femmes, en couple ou non à une variation de ... (source : multisexualites-et-sida)
  • Par définition, l'échangisme est une pratique sexuelle qui consiste en un échange temporaire entre un couple et d'autres partenaires dans l'objectif d'y avoir... (source : sexe-info)
  • De nombreux couples disent néenmoins que l'échangisme a renforcé une relation... J'observe aussi que, pour énormément d'hommes, l'échangisme est un moyen de ... (source : psychologies)

Quoiqu'il se confonde fréquemment avec la sexualité de groupe, l'échangisme au sens strict ne représente qu'une fraction des pratiques sexuelles en groupe : il consiste pour deux couples à s'échanger, pendant les différentes phases du rapport, provisoirement son partenaire, en vue d'une relation socio-sexuelle ; des nuances sont quelquefois apportées s'il y a permutation et pénétration en dehors du partenaire «régulier» (échangisme dit «vrai»), des attouchements à quatre (voir mélangisme) ou une relation à proximité de voyeurisme sans contact (côte-à-côtisme). Il est aussi courant de spécifier les distances relatives d'une relation échangiste par des nombres : «2+2» peut signifier une séparation physique des couples avec permutation des partenaires, «4» spécifie une proximité permanente de l'ensemble des participants, «3+1» l'isolement d'un individu (au centre ou en observateur)... [1].

Planche de Paul Avril, in De Figuris Veneris. Manuel d'érotologie classique, 1906.


Origines «secrètes»

Est-ce un euphémisme de dire que la sexualité de groupe n'occupe pas le premier rang de l'histoire, sauf exception à l'occasion de rituels, de fêtes ou de démonstrations idéologiques ? Cette part secrète de la vie intime est le plus souvent peu accessible - en particulier dans le cadre si fermé et fusionnel du «couple marital» tel qu'il s‘ancre au dix-neuvième siècle. Seuls les textes médicaux et les rapports de polices peuvent orienter les statistiques ; les romans ou la «comédie bourgeoise» en traduisent certaines composantes tragiques ou burlesques. Pour trouver l'origine d'un point aussi précis que l'échangisme, mieux vaut compter sur un travail ethnologique, soit un recueil de témoignages. Par chance, le médecin Georges Valensin s'est intéressé avant sa publication de 1973 aux amours de groupe, surtout à l'évolution des pratiques échangistes. On apprend mais aussi dans les maisons closes, ces «messieurs» jouaient déjà à s'échanger les «cabinets spécifiques» et les prostituées qui s'y trouvaient. La diffusion de ce «modèle» après la Deuxième Guerre mondiale serait passée par les pilotes militaires américains qui auraient pratiqué les «key parties» (parties de clefs) pendant lesquelles les maris donnaient leurs clefs pour tomber au hasard sur des épouses nouvelles et provisoires. Cliché Hollywoodien ou pas, la position femme-objet est plus que transparente et la mise en situation n'est pas sans lien avec les lupanars.

La confusion femme-prostituée va infailliblement se prolonger, il n'est par conséquent pas surprenant qu'au début de la «libération sexuelle», les deux milieux interfèrent : ainsi, l'homme marié qui arrive dans les années 1960 avec sa femme dans une soirée «échangiste» fera aussi l'économie d'une prostituée. Les lieux de l'échangisme se confondent alors avec ceux de la prostitution : rues, boites et bars nocturnes («à hôtesses»), hôtels de passes, … Malgré les volontés d'émancipation féminine, l'époque voit en parallèle le renforcement de l'échangisme. Les «clubs» mais aussi les «partouzes» chez des spécifiques se multiplient dans la décennie suivante mais les «jeux» se limitent le plus fréquemment à ceux de l'échangisme. Plus difficilement admis culturellement à partir des années 1980, en particulier après la naissance du sida, l'échangisme se pratique toujours mais ce terme -ouvertement sexiste comme «troc d'épouses» («wife swapping») - est lentement remplacé par celui d'hédonisme, de libertinage ou de sexualité de groupe…. Ce changement de vocabulaire et l'arrivée de nouveaux moyens de communication comme internet[2] facilitent depuis les pratiques rattachées à l'échangisme.

Vision contemporaine

Si quelques romans illustrent l'échangisme comme une formule simple pour lutter contre l'érosion du désir dans un couple légitime, et quelquefois même en suivant une initiative féminine [3], la méthode s‘avère assez risquée. Des témoins (le plus fréquemment des hommes) affirmeront sur un site ou à un spécialiste avoir été traumatisé par l'expérience en voyant leur partenaire s'abandonner avec un inconnu… D'aucuns diront, suivant la formule en usage, qu'il faut «être prêt à assumer ses fantasmes» mais l'homme peut brutalement faire face au doute devant un autre plus habile ou plus avantagé et pouvant ainsi remettre en cause un lien de «possession» qui semblait a priori inaliénable[4]. L'échangisme se révèle ainsi comme une forme particulièrement évoluée de «conformisme» réduisant les risques inhérents à l'adultère - en restant sous l'œil vigilant du conjoint.

Au-delà de ces situations spécifiques, il existe un terrible tension pour le couple contemporain - un paradoxe[5] né de la disparition des «modèles» dans la société postmoderne qui oblige à une réinvention sans garde-fou : dans l'échangisme, la contrainte d'un équilibre égalité/altérité entre les deux individus est toujours sur le fil du rasoir, en particulier dans une relation historiquement structurée dans l'inégalité de l'homme-décideur et de la femme-objet. Évidemment, ceci a évolué et les débutants sont toujours étonné de «la douceur et du respect» des autres hommes, y compris d‘hommes seuls… Il en était presque de même avec les prostituées : chacun sachant que cette politesse est prisonnière entre respect et «condescendance». On s'épargnera moins entre homme où il est admis (et même courant) de s'apostropher dans un esprit de franche camaraderie…

On peut par conséquent s'interroger sur la place des «intermittents» dans cet échange : quel statut d'existence pour des individus impliqués dans une «non-considération» de l'autre touchant au Sadisme[6] ? Mais les critiques les plus vives ne sont pas celles qui diminuent l'échangisme à une mode de consommation touchant la part la plus intime des êtres, les attaques viennent en particulier des milieux militants (communautés de minorités sexuelles) qui se sont constitués dans la contre-culture et visait l'abolition du couple et des hiérarchies familiales - ici, bien au contraire, la sexualité la plus débridée parait être au service d'un ultra/néo-conservatisme.

La tentation du mélangisme

De même que sont employés indifféremment les termes de «club échangiste» ou «club libertin», dans un usage courant l'«échangisme» se confond avec une «sexualité de groupe» n'impliquant plus seulement des couples. Dans cette acceptation large, il ne s'agit par conséquent pas de deux couples qui échangent leurs partenaires le temps d'un rapport sexuel mais d'une façon plus générale d'un ensemble de personnes, hommes et/ou femmes, qui ont des relations sexuelles les unes avec les autres. Dans bien des cas, l'échangisme ne se limite pas à un «troc» mais fait intervenir a minima trois individus, y compris dans des relations bisexuelles. L'équipe de Daniel Welzer-Lang en réalisant son enquête a rapidement réalisé que «le terme “échangisme” est un terme générique, ou alors même, en regard avec le nombre d'hommes seuls qui composent la population échangiste, un “leurre”, désignant des pratiques multiples. L'échangisme, ou tout autre terme utilisé de manière analogique (“non-conformisme”, “pratiques libertines”, “libertinage”) va des frontières (et quelquefois au-delà) du travail sexuel aux rêves dits conjugaux d'une sexualité “autre”

Á la suite de ces travaux, le mot échangiste est enfin questionné pour s'intégrer à une «communauté plutôt sexuelle» mais cette prédilection est si large dans ses acceptations que l'unique terme qui parait convenir est celui de «multisexualité » [1]. Dans ce champ spécifique, le mot mélangisme arrive au même moment pour désigner les couples qui évoluent principalement vers une recherche de dépassement des tabous dans l'objectif d'un plaisir partagé : par la découverte de nouveaux corps, par la vue de son partenaire sous un «autre angle», et par le jeu de séduction qui va lentement se cristalliser non plus entre deux personnes mais entre quatre. Dans ce cas précis, on peut parler d'hédonisme plus que d‘échangisme. Malheureusement, la réception du terme de mélangisme va rapidement se limiter à la simple conception technique d'un échange sans pénétration hors couple.

Des limites ultra-normatives

Si une lecture à distance semblerait indiquer un écart à la démarche d'origine d'échange, les soirées réservées aux femmes et couples indiquent qu‘il reste une bonne part d‘inégalité où la femme s'adapte aux fantasmes masculins (ce qui en soit peut être satisfaisant). L'échangisme est en effet particulièrement marqué par l'hétéronormativité et la différenciation des «genres» homme/femme est omniprésente : tenue sexy obligatoire pour les femmes, comportement bisexuel quasi-imposé (ce qui ne veut pas dire non-supporté), soumission ou obéissance à des «conseils» pendant l'acte sexuel, … On y retrouve aussi la totalité des schémas fantasmatiques respectant les traditions dans les thématiques de soirées («secrétaire», sexy blanc ou noir, et même la «bonne»[7])  ; ceci serait plus facilement tolérable s'il s'agissait d'un «jeu de rôle» mais, dans la majorité des cas, ce comportement parait implicite plus que contrôlé ! Il semblerait cependant que la clientèle de ces clubs dépassent quelquefois la mentalité du tenancier, et les respectant les traditions spectacles de strip-tease ennuient plus qu'ils n'exitent la clientèle[8].

En ce qui concerne la bisexualité[9], il y a deux poids deux mesures. Comme dans la pornographie destinée aux hommes hétérosexuels, les femmes se découvrent fréquemment bisexuelles (au moins dans certains cas ) en milieu libertin. Le sexe de groupe parait par conséquent être un moyen rapide et efficace pour s'ouvrir à la bisexualité ; cependant, la méthode ne s'applique pas aussi facilement aux hommes… Difficulté profonde ou poids du regard des autres dans ce monde particulièrement voyeuriste, les hommes n'ont qu'exceptionnellement des comportements bisexuels : il s'agit là d'une véritable limite car les représentations de scènes homosexuelles masculines dans la pornographie courante sont inexistante. Le franchissement de ce seuil contient par conséquent cette vaste part d'inconnu séparant le modèle du tombeur et celui de l'homosexuel !

Échangisme et MST (dont SIDA)

La «capote» limite les risques et peut former une bande servant au cunnilingus si on la coupe en 2.
Article détaillé : maladies sexuellement transmissibles.

Le milieu échangiste est fréquenté par des populations dites à risque, en raison du nombre de partenaires et d'une activité sexuelle intense multipliant les situations à risque. Le risque est diminué par un comportement responsable de chaque partenaire (hygiène, protection anti-MST... ), une vigilance au regard des contactes intimes et un certain isolement des partenaires. La stabilité des couples échangistes et la pratique entre couples légitimes, sains et fidèles entre eux permettent d'envisager des rapports échangistes protégés entre personnes théoriquement saines. Le risque est augmenté par des situations non contrôlées, inattendues telles que des partenaires qui s'invitent à une relation en cours, le manque de vigilance au moment du coït...

L'échangisme au cinéma

  • Peindre ou faire l'amour, film, 2005
  • 7 ans de mariage, film, 2002
  • Eyes Wide Shut, film, 2000
  • Chambre à part , film, 1989

Bibliographie

  • Daniel Welzer-Lang, La planète échangiste : les sexualités collectives en France, Éd. Payot & Rivages, Paris, 2005. Résultats d'une enquête sociologique dans les lieux échangistes. (ISBN 2-228-89976-3)
  • Georges Valensin, Pratique des amours de groupe. Quinze années d'observations en France, éditions de La Table Ronde, 1973. (ISBN 2710319055)


Notes et réferences

  1. Évidemment, à partir du «3x2» l'analyse combinatoire se complique indubitablement…
  2. Si jusque là énormément de couples se trouvaient grâce aux petites annonces de journaux dédiés au libertinage, dorénavant Internet a pris le relais et les échangistes se trouvent grâce à de nombreux sites dédiés à ces pratiques. Certains sites d'annonces «certifient» les couples comme tels, car les échangistes rigoureux se méfient des «fausses annonces» d'hommes seuls.
  3. Marie et Stanislas, Bienvenue sous la couette ! Comment l'échangisme a réveillé notre couple, éditions Payot, 2005. (ISBN 9782228899758)
  4. Réclamé dans les annonces, «l'homme noir BM» marque une part ambigüe du mythe interracial : esthétique des corps et couleurs, certes, mais certainement aussi une certaine garantie de mise à distance du partenaire après l'acte… la question du racisme reste ouverte !
  5. Daniel Welzer-Lang, Utopies Conjugales, éditions Payot, 2007. (ISBN 9782228901574)
  6. Dans une grande part de la logique de Sade l'autre n'existe pas, il n'est qu'un instrument de jouissance pour l'individu qui en dispose
  7. Voir à propos du fantasme de la bonne le texte particulièrement distrayant d‘Alain Corbin dans Le temps, le désir et l'horreur
  8. Blanche De Richemont, Eloge du Désir, éditions des Presses de la Renaissance, 2006. (ISBN 2750902541) où on montre l'étouffement qui règne dans les boîtes échangistes - personne ne regarde, n'importe qui parait s'ennuyer…
  9. Un passage sur un site échangiste vous montrera que sur la totalité des fiches divisées entre hommes (50%), femmes (10%) et couples- implicitement HF - (40%)  : à peu près 10% des hommes se déclarent bi contre 50% des femmes

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La version présentée ici à été extraite depuis cette source le 05/08/2009.
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