Fétichisme sexuel

Le fétichisme sexuel est la fixation du désir érotique et la recherche d'une satisfaction sexuelle, par le contact ou la vue d'une partie du corps, comme par exemple les seins, les fesses, les jambes, le nombril, les mains, le nez ou encore les pieds,...



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Fétichisme sexuel
CIM-10 : F65.0

Le fétichisme sexuel est la fixation du désir érotique et la recherche d'une satisfaction sexuelle, par le contact ou la vue d'une partie du corps, comme par exemple les seins, les fesses, les jambes, le nombril, les mains, le nez ou encore les pieds, d'un objet (des gants, des bas, des bottes, ou encore des chaussures) ou d'une matière. Le fétichisme sexuel peut faire écho de la paraphilie dans le cas où ce dernier provoque un trouble chez la personne[1].

Historique

Article détaillé : Fétichisme.

Le fétichisme sert à désigner d'une façon plus générale l'adoration d'objets fétiches censés être pourvus d'un pouvoir. C'est au tournant des XIXe et XXe siècles que le terme subit une évolution sémantique. Le substantif «fétichiste» devient l'adepte non plus d'une religion mais d'une perversion. [2]

C'est Alfred Binet qui est le premier à utiliser le terme dans un sens sexologique dans un article de la Revue philosophique en 1887. Sa théorie s'appuie sur des remarques de Jean-Martin Charcot et de Valentin Magnan sur un cas de fétichiste du bonnet de nuit dont les premiers émois sexuels étaient liés à la vision de sa mère en bonnet de nuit à l'âge de 5 ans. Cette théorie détermine l'expérience infantile comme fixation du fétichisme. Théorie résumée par cette phrase de Binet : «On revient toujours à ses premières amours»[2].

Freud s'appuie sur le travail de Binet[2] et sert à désigner comme fétichisme la pratique sexuelle de recherche de l'orgasme par le biais d'objets ou de parties du corps, indépendamment du coït. Il y a par conséquent fétichisme sexuel chaque fois qu'une partie du corps ou un objet vient prendre la place de l'organe sexuel du partenaire et se substitue entièrement à lui.
La théorie de Freud va évoluer avec ses réflexions. Initialement centré sur la notion de libido, le fétichisme est présenté comme une perversion[3]. Par la suite, Sigmund Freud propose une explication quant à l'origine du fétichisme sexuel, qui serait lié à un traumatisme durant l'enfance symbolisé par l'angoisse de la castration. Selon sa théorie, un garçon, découvrant pour la première fois qu'une personne du sexe féminin (sa mère par exemple) ne possède pas de pénis, fait un transfert sur un objet inanimé qu'il verra au même moment[2]. Le fétiche forme ainsi un substitut du phallus manquant de la femme. Cet objet lui sera alors indispensable dans le futur pour avoir une satisfaction sexuelle.
Selon lui, le fétichiste aurait en fait recours à un clivage : une partie de la personnalité reconnaît l'angoisse de castration via l'objet fétiche, l'autre non et la refoule, la particularité du clivage demeurant dans le manque de communication entre ces deux pôles.
Cette théorie rencontre cependant ses limites dans les cas de fétichisme féminin où l'angoisse de castration ne s'exprime pas de la même façon ; de fait, Freud évoque principalement l'homme fétichiste, et limite la femme au fétichisme des vêtements qu'il juge «normal»[2].

Les premières observations cliniques du fétichisme des vêtements ou passion des étoffes apparaissent en 1908 dans l'article Passion érotique des étoffes chez la femme de Gaëtan Gatian de Clérambault[2].

Après Freud, la théorie du fétichisme subit d'autres influences.
Dans les années 1930, Melanie Klein reprend le concept d'«objet partiel» de Karl Abraham et s'attarde plus à présenter le fétichisme du côté de l'objet maternel dans sa dimension d'attachement/séparation que dans sa dimension phallique[2].
Dans les années 1950, c'est Donald Winnicott qui apporte sa contribution via sa théorie sur l'«objet transitionnel», qu'il différencie du «fétichisme» - même s'il reconnaît un caractère précurseur au fétichisme dans cette démarche. Selon lui, l'«objet transitionnel» est une illusion du phallus maternel, appartenant au développement affectif «normal» de l'enfant ; à l'inverse, le fétichisme relève de l'hallucination liée à la relation maternelle (donc le «sein») [2].
En 1954, Jacques Lacan choisit le fétichisme pour illustrer sa théorie de la trilogie «Imaginaire» - «Symbolique» - «Réel». L'angoisse de castration est présentée comme l'enjeu de l'historique clinique[2].

Objets du fétichisme

Les objets, matières ou attitudes faisant l'objet de fétichisme sexuel sont divers.

La passion des étoffes ou fétichisme lié à certaines matières il concerne surtout le cuir (fétichisme du cuir), le latex (fétichisme du latex), le vinyle ou l'élasthane (lycra), etc.

Le fétichisme des vêtements, ce type de fétichisme érotisé s'est affirmé au cours des cinquante dernières années dans une branche de l'art, surtout en matière de photographie. On y trouve surtout des vêtements, des vêtements moulants : sous-pull à col roulé, body, top, catsuit, des sous-vêtements (fétichisme des sous-vêtements), cagoule de motard (fétichisme des cagoules) etc.
Selon Freud, il est quelquefois dérivé d'un fétichisme du pied lorsqu'il concerne des chaussures (bottes, cuissardes, bottines et talons aiguilles essentiellement), des chaussettes, etc. Et peut concerner des odeurs ou des stimuli visuels.

Le fétichisme peut aussi être relatif aux parties du corps. Dans son sens populaire d'adoration des parties du corps, les fétiches peuvent être les seins ou les fesses. Viennent ensuite les autres fétichismes comme par exemple le fétichisme des jambes, le fétichisme des pieds, le fétichisme du nez (Nasophilie) ou encore le fétichisme des épaules ou du nombril.

D'autres sont particulièrement spécifiques. Ce peut-être le cas du timbre de voix, des couches culottes (ABDL), de la teinte des cheveux, d'un type de coiffure (chignon, tresses, frange, etc. ) ou du port de lunettes. Certains fétichistes sont attirés par les femmes enceintes (maïeusophilie). D'autres, par des unijambistes ou des personnes atteintes d'un handicap spécifique. Il est en outre complexe d'exclure de ce champ les fétichistes amateurs de femmes mûres, quelquefois franchement âgées (gérontophilie), ou de femmes obèses (Fat Admirer). Sans parler de ceux qui apprécient les partenaires négligées, ou alors malpropres. Étant donné que de tels signes sont investis d'un pouvoir érotique, il s'agit bien d'un fétichisme, justification préalable de comportements fréquemment vus comme relevant ensuite d'une simple déviance. Il y a là, en effet, le besoin d'identifier sur le partenaire la présence d'un objet ou d'une condition objectale qui devient le centre du désir sexuel.


Certaines formes de fétichisme sexuel se rapportent à des attitudes ainsi qu'à des comportements qui provoquent le trouble ou l'émotion nécessaires à une excitation se transformant en plaisir ou rendant le plaisir accessible. Une femme pourrait apprécier, par exemple, de se sentir sans défense face à un désir masculin qui se manifeste, plus ou moins symboliquement, de manière contraignante ou violente. Un homme, de son côté, pourrait rechercher des attitudes féminines spécifiquement élégantes ou hautaines, une désinvolture ou une indécence exagérées, une liberté de ton et de propos inhabituelle. De tels éléments, parce qu'ils peuvent relever du jeu de rôle de la même manière qu'une guêpière en latex relève du travestissement, mobilisent des émotions et activent un processus directement inscrit dans le périmètre des pratiques sexuelles fétichistes. Qu'ils soient stéréotypés n'est pas un obstacle à l'apparition du désir, au contraire : ils contribuent ainsi à instrumentaliser l'ou la partenaire comme objet conforme à des attentes secrètes, c'est-à-dire comme objet de désir.

Art

Le fétichisme dans son sens sexologique est exploité par la littérature, bien avant sa reconnaissance sexologique. Reconnaissance qui s'appuye d'ailleurs sur des éléments littéraires pour ses études. Ainsi la littérature courtoise énumérant les «blasons du corps» féminin devient un véritable genre jusqu'au XVIe siècle et au XVIIIe siècle les descriptions deviennent presque cliniques, au XIXe siècle, la dandysme s'inspire du fétichisme vestimentaire[2].

En photographie, design, cinéma et illustration), ce mouvement s'exprime au cours de l'entre-deux-guerre aux États-Unis et dont l'un des pères est John Willie, auteur de comics (Adventures of Sweet Gwendoline surtout) aux côtés de Stanton, Eneg et Jim. On parle aussi, plus fréquemment de «Fetish». Sa forme classique a pour effet de substituer l'érotisme du corps, qui devient un élément secondaire de la mise en scène, par celui des objets, et essentiellement des vêtements ou des chaussures. Les matières jouent un rôle important, avec surtout le cuir (fétichisme du cuir), le latex (fétichisme du latex) et les matières vinyles mais aussi les talons aiguilles.

Aux États-Unis, le mouvement a été essentiellement porté par Bettie Page dans les années 1950 puis par Helmut Newton à partir des années 1970-1980 et Richard Kern, au milieu des années 1980. En Europe, le mouvement plus récent s'est divisé en trois écoles : le Fetish art, de Robert Chouraqui, Ludovic Goubet, où le corps joue un rôle de mise en lumière et de mise en évidence des tenues ; le Fashion Fetish, de Christophe Mourthé, Peter Czernich ou Julien Reynaud (Anticmos) où l'imagerie fetish tente de gagner ; et le Fetish-SM art de Ludovic Goubet, Manuel Urquizar, Nath-Sakura et Eric Martin où les imageries fetish et sadomasochistes se rejoignent.

Suite à la création en Grande-Bretagne (Rubber Ball et Torture Garden), aux Pays-Bas (EuroPerve et Wasteland), en Belgique (Fetish Project) en France (Bal des Supplices, Nuit élastique, Nuit Dèmonia, Nuit FetishInParis, Alien Nation, Revolution Fetish, les soirées de LaLawrence et Zinella, etc. ) ainsi qu'à Montréal (Bal Poisson d'Avril[1], Festival mondial Kinky[2], Fetish Weekend, les soirées du Cirque de boudoir[3] et FéticheSequence[4]) de soirées particulièrement fétichistes, nous avons assisté à la naissance au milieu des années 1980 de modèles spécialisées dans ce domaine, les fetish models. On peut citer surtout parmi elles les plus célèbres : Dita von Teese (qui a épousé le chanteur Marilyn Manson au cours de l'année 2005), l'Anglaise Polly, Emily Marylin, Mina, Darenzia[5], GothMarilyne, Kumi Monster[6], Eve-Adeline, Madria[7], Alyz, Laïka de N. , Louva, Jean Bardot, Bianca Beauchamp et LouLady.

Le mouvement fetish a pris aussi, au cours des années 1990-2000 de l'essor dans le milieu de la haute couture, avec surtout la collection automne-hiver 2003 de la maison Dior qui a fait appel à House of Harlot , couturier fetish anglais, pour intégrer des éléments en latex dans le défilé.

Notes et références

  1. (en) OMS, Classification mondiale des maladies et autres problèmes de santé, (2007), Chapitre V, F65.0 Disorders of sexual preference.
  2. abcdefghij Paul-Laurent Assoun, Le Fétichisme, PUF, coll. «Que sais-je ?», 2002 (ISBN 2130530435)  
  3. Trois essais sur la théorie sexuelle, Sigmund Freud

Œuvres relatives au fétichisme
  • Mes jambes, si vous saviez, quelle fumée… (adaptation d'entretiens de Pierre Molinier avec Pierre Chaveau en 1972), mise en scène de Bruno Geslin, avec Pierre Maillet (dans le rôle de Pierre Molinier), Jean-François Auguste et Elise Vigier. Théâtre de la Bastille, Paris, 2005 ; théâtre Romain Rolland, Villejuif (France), 2006.
  • Le Cri de la soie, film français d'Yvon Marciano de 1996, avec Marie Trintignant, Sergio Castellitto et Anémone, inspiré de la vie et du travail du psychiatre Gaëtan Gatian de Clérambault.

Bibliographie

  • Paul-Laurent Assoun, Le Fétichisme, PUF, coll. «Que sais-je ?», 2002 (ISBN 2130530435)  
  • Alfred Binet, Le Fétichisme dans l'amour, Payot-poche, 2001 (ISBN 2228893706)  
  • Gaëtan Gatian de Clérambault, Passion érotique des étoffes chez la femme, Les Empêcheurs de penser en rond, 2002 (ISBN 2846710368)  
  • Sigmund Freud, Trois essais sur la théorie sexuelle, Folio-Gallimard, 1989 (ISBN 2070325393)  
  • Richard von Kraft-Ebing, Psychopathia sexualis, vol.  tome 1, Pocket-Agora, 1999 (ISBN 2266086847)  
  • Jean Streff, Traité du fétichisme à l'usage des jeunes générations, Denoël, 2005 

Ressources externes

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